Et si nous amorcions une stratégie ?

 

Notre marche vers une plus grande responsabilité avance -pour l’instant lentement- face aux enjeux. Hormis quelques annonceurs, le marché se concentre majoritairement sur des opérations « one shot», sans réelle volonté ou possibilité de changements, et ce même avec des logiques de construction de référentiel mises en place.

 

Quand certains événements portés par exemple par EDF, le MEDEF ou encore l’Etat, sont des exemples pionniers, d’autres amorcent une transition vers plus d’exemplarité, comme la SNCF. Mais il manque aujourd’hui un réel retour d’expérience. Il manque aussi d’informations pour constituer une vraie filière de l’événementiel responsable. Plus encore, lorsqu’un client annonceur décide de faire un événement exemplaire, cela lui coûte plus cher.

 

En réalité, les priorités sociétales ne sont pas mises en perspective pour mettre en place une véritable stratégie à long terme. Le débat manque d’une  réflexion de fond sur les impacts et d’un plan d’actions concret pour les maîtriser, puis les juguler progressivement.

 

Enfin, le sujet écologique doit s’associer à celui du social. Les crises laissent de nombreux citoyens sur le carreau et notre devoir est de tout faire pour les intégrer dans nos organisations et plans d’actions.

 

Et si on repensait les logiques d’achats des événements ? 

 

Depuis 1 à 2 ans la RSE prend part dans de rares cahiers des charges, avec des critères sérieux, principalement, dans les grandes institutions. Une avancée certaine. Mais une avancée qui demande d’aller encore plus loin en repensant la logique d’achats. Confier un budget événementiel global plutôt qu’agir au coup par coup, nous semble la seule alternative pour aller vers de nouveaux modèles d’événements. En effet, comment imaginer une quelconque forme de responsabilité dans le one shot ?

 

La valse des fournisseurs est plus souvent un outil de négociation -orientée moins disant- qu’un véritable acte visionnaire permettant d’entamer un processus de transition. En prenant le contre-pied, avec une logique de temps long et la direction d’une responsabilité collective, la notion de budget devient juste une limite à ne pas dépasser, sur laquelle l’agence peut s’engager juridiquement.

 

Le critère prix repensé dans une approche événementielle globale permet alors de se concentrer sur la co-création et la définition d’un référentiel (bas carbone, zéro déchet, inclusion…).

 

Et si on co-créait un référentiel entre l’agence, la direction et les équipes internes ? 

 

Les événements dits « exemplaires” seraient aussi l’occasion de transmettre les nouvelles pratiques des organisations. Et si on pousse le raisonnement, une part de cette exemplarité se traduirait par l’implication des équipes internes, en les mettant à contribution pour co-créer les événements. Cette approche aurait le mérite d’apporter une notion de responsabilisation des acteurs internes et une véritable collaboration avec l’agence.

 

Inventer des événements bas carbone demande un travail sur plusieurs années, avec des équipes formées et une mise en place d’un référentiel propre à l’entreprise pour un suivi comparatif d’une année sur l’autre. La création d’un temps T0 par participant et par type d’évènement est un minimum pour ensuite établir une diminution progressive issue d’un plan d’actions concerté et tenable.


Et si on questionnait, mesurait, repensait ?

 

Le 6 août 2020, un article de l’Agefi signé Laurence Pochard faisait état des 70 signataires investisseurs (représentant 16 000 milliards de Dollars) de l’Institutional Investors Group on Climate Change. Ces acteurs clés de la haute finance ont réalisé un cadre baptisé « Net Zero Investment Framework ».

 

Leur approche engage à d’abord adapter les gouvernances, puis mettre en place une stratégie bas carbone qui se traduira en entonnoir par des actes d’achats responsables. Au bout de la chaîne de production, cela impactera la communication événementielle.

 

Côté événement, prenons les devants dès maintenant. L’enjeu est prioritairement d’apporter des fondamentaux crédibles à l’ensemble des parties prenantes pour convaincre du bien-fondé des événements.

 

Deux voies s’ouvrent :

 

1 – Apporter du sens et être aligné : deux bases aux événements de demain.

Plus que le choix d’une clé USB en carton ou du papier recyclé, la question de l’utilité même de l’événement, de sa forme la plus responsable possible constitue une première étape. C’est en cela que la crise de la  covid a révélé une faille : l’utilité réelle d’un certain nombre d’événements est remise en cause.  Au point qu’une partie des événements annulés ou digitalisés disparaîtront définitivement.

 

2 – Mesurer précisément les impacts : l’économie bas carbone est inéluctable.

L’industrie s’y prépare depuis plusieurs années déjà. Si l’objectif minimum du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est de diviser par 2 les émissions de Gaz à Effet de Serre en 2030, nous devons imaginer des événements capables d’être analysés et mesurés pour y répondre. Et cela va prendre un peu de temps.

 

Pourquoi la priorité est le climat en temps long, plutôt que la crise sanitaire actuelle en temps court ? Parce que les conséquences du dérèglement climatique seront bien plus impactantes que la crise covid qui fait figure de test. Une fois le climat changé, revenir en arrière sera quasi impossible et il semble préférable de planifier les transitions plutôt que les subir.

 

Gilles, Gens d’Événement – Mai 2021