Qu’est-ce qu’un événement bas carbone ?

On nous le répète un peu trop souvent : la planète va mal et nous aussi. Et quand se pose la question du « comment va-t-on faire pour éviter les catastrophes ? », le flot de messages alarmistes prend facilement le dessus sur le peu de sources d’informations utiles. Une recommandation semble cependant faire l’unanimité : la nécessité de maîtriser et de diminuer les impacts carbones.
Face à ce constat, un des scénarios du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution et le climat (GIEC) incite à une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) à -50% d’ici 2030. Sur ce terrain plusieurs bonnes nouvelles émergent. Les décisions récentes de la Communauté Européenne et la réglementation font bouger les choses. À leur échelle, les citoyens se positionnent et passent de plus en plus à l’action pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Notre profession, d’organisateur d’événements, a également un rôle à jouer dans cette transition.

Les sources d’émissions carbone limitées et maîtrisées

Pour l’événementiel cela signifie que la diminution passe d’abord par une logique de parcimonie : le meilleur acte écologique reste bien sûr d’éviter de polluer. C’est le premier pilier de l’éco-conception d’un événement. Moins de transport et moins de matière première en sont la base. En événement présentiel, l’impact et les contraintes sont nombreux pour respecter un cahier des charges moins émetteur de GES, d’où un intérêt renouvelé pour l’événement hybride alliant présentiel et digital : l’événement phygital. De même, des lieux plus proches sont privilégiés pour limiter les déplacements des participants, des choix de scénographies orientées vers moins de matériaux, des prestataires locaux…

Inclure une dimension environnementale dans un événement implique un changement de paradigme. Inclure la mesure carbone dans l’organisation d’événements change considérablement les orientations stratégiques de l’entreprise et plus particulièrement de sa politique événementielle.

La mesure, un incontournable du projet

Pour définir précisément ses actions en matière de décarbonisation, il faut en premier lieu mesurer les impacts dès la conception du projet. Dans l’événementiel, il existe encore peu de solutions universelles qui soient réellement en adéquation avec le métier. La mesure reste technique et nécessite des compétences.

L’Ademe poursuit un travail minutieux pour fournir à qui le souhaite, les valeurs d’impacts carbone de secteurs entiers (transport, alimentation etc) : Base carbone® – ADEME. Elle participe à rendre l’exploitation de ces données de plus en plus facile. Tout ça, dans le but de rendre autonome le monde économique. C’est le premier pas pour s’initier au bilan GES. 

Avis aussi aux directeurs de production et chefs de projet, l’agence nantaise TOOVALU a également mis en place un outil digital permettant d’établir un estimatif de l’impact carbone des événements. 

Mais pour vraiment comprendre l’enjeu de la mise en place de ces indicateurs, une formation initiale reste un indispensable. Ces mesures sont des outils puissants qu’il faut être capable de manipuler avec précision, à suivre dans le temps pour comprendre l’impact des actions menées. Il faut savoir les lire et les manipuler à bon escient. 

Le temps au centre de la démarche

Pour être sincère et efficace, la mesure doit servir d’outil de progression : le one shot limite l’efficacité. Tout d’abord, un périmètre doit définir les axes prioritaires sur lesquels agir. Par exemple, les priorités se focalisent souvent sur 2 pôles : le transport et les déchets. Généralement dans l’événementiel, le pôle le plus émetteur de gaz à effet de serre reste le transport (des participants, prestataires, intervenants, équipe projet…) qui peut aller jusqu’à 80% des émissions.

La mesure fixée initialement permet de mesurer la courbe de progrès et de se fixer des objectifs tenables. C’est la clef d’une véritable stratégie bas carbone événementielle. Pas celle qui balaie notre métier, mais celle qui permet une transition en douceur, avec des solutions raisonnées et raisonnables capables dans le même temps de jouer un rôle pédagogique. Si la mesure des impacts carbones des déchets constitue une part négligeable des émissions de gaz à effets de serre sur les événements, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille continuer à en produire autant. La biodiversité est un enjeu tout aussi prioritaire.

Un changement de paradigme pour nos métiers

Les incidences d’une stratégie événementielle bas carbone pour nos métiers sont nombreuses : imaginer l’événement avec du durable, limiter les goodies, miser sur le digital, acheter responsable (local, sans plastique, non polluant…). Le tourisme d’affaires est ainsi menacé : un transport éloigné est plus émetteur qu’un transport de proximité.

Mais contrairement aux idées reçues, une approche bas carbone permet d’élargir la réflexion. Elle permet de lui donner encore plus de sens et d’accompagner les participants dans leurs usages de demain. La société décarbonée est à construire entièrement. C’est une forme de nouvelle économie où l’enjeu est la qualité de notre vie sur terre. Les perspectives pour nos métiers sont nombreuses.

Le digital a de l’avenir car même si la préférence est au présentiel, l’approche mixte est une solution imparable pour maintenir les réunions, voire les rendre plus fréquentes aux regards des enjeux. C’est un paradoxe : moins de carbone, plus d’événements.

A l’aube d’une société décarbonée, de nouveaux métiers apparaissent : régisseur déchet, régisseur digital, chef de projets bas carbone, scénographe responsable, etc. Mais tout ceci ne peut voir le jour sans l’impérieuse nécessité de penser collectif car ce n’est pas les agences seules ou les free-lances qui feront l’événementiel bas carbone de demain, mais bien une co-construction et un apprentissage main dans la main avec nos clients.

 

Image by Jeyaratnam Caniceus from Pixabay

Gilles, Gens d’Événement – Octobre 2021

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