Responsable de l’information et de la communication du Fonds social européen en France à la Délégation générale à l’Emploi et la Formation, au Ministère du Travail, Nathalie David a organisé son premier événement d’envergure.

Sans langue de bois, elle revient sur ses enjeux et sa préparation, mais aussi ses surprises, ses avantages et ses inconvénients. Au final, pour elle, l’événementiel à un rôle considérable à jouer dans le déploiement des politiques publiques.

Racontez-nous l’événement que vous avez contribué à organiser…

L’événement se nomme Le village des initiatives FSE. C’est un rendez-vous qui a lieu tous les 2 ans environ. Il s’inscrit dans un cadre d’obligation de communication qui concerne toutes les autorités de gestion des fonds d’investissement européen (FESI). Le Ministère du Travail, au travers de la délégation générale à l’Emploi et à la Formation professionnelle, a décidé de rassembler ses partenaires et les acteurs du fonds social européen (FSE) et de l’Initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ). L’événement a ainsi eu lieu en mars 2019 au 104 à Paris, un lieu qui incarne la pluralité des points de vue, de la mise en œuvre et de nos territoires. Plus de 1 200 personnes ont répondu à l’invitation, ce qui constituait un panel plus large que notre cible habituelle de communication.

Quel type de scénographie avez-vous privilégié ?

Comme dans un village, nous avons créé une place qui permettait d’échanger, de fixer des happenings et d’organiser la restauration, tandis que des salles annexes, comme les quartiers de ce village, permettaient d’aborder des sujets en groupe plus restreint. L’objectif du Village était donc de se poser, d’observer et de rassembler nos pratiques, nos questions et ce qui fait sens professionnel, pour augmenter notre capacité d’action en faveurs des publics éloignés de l’emploi. Les participants ont, semble-t-il, apprécié ce nouveau format.

Vous découvrez l’organisation d’événements. Comment vous êtes-vous saisie du sujet ?

Se saisir du sujet de l’événement, c’est d’abord définir par élimination ce qu’il n’est pas, pour mieux en décrire les valeurs et le sens. En effet, l’événement ne s’arrête pas quand on referme les portes du lieu et que les participants repartent. Pour ce qui nous concerne, le Village des initiatives FSE est un rendez-vous régulier pour notre communauté professionnelle. Il est un point d’orgue qui se déroule deux à trois fois sur les 7 ans du temps de mise en œuvre des programmes opérationnels du FSE et de l’IEJ. Ensuite, nous nous sommes appuyés sur une agence de communication spécialisée dans l’événementiel, car un tel événement est une rencontre entre un cadre d’enjeux et une équipe de professionnels qui va permettre de scénariser l’événement au service de ces valeurs et ce sens.

Qu’est-ce qui vous a surprise ?

La nécessité absolue de rien laisser au hasard. L’événementiel, c’est bien entendu une gestion de projet appliqué à un objectif de réussite. C’est également une conjonction de compétences et un rôle d’ensemblier à la fois en termes de métiers, mais également de conception : sociologie, design, comptabilité, gestion, statistiques, techniciens de l’image, du son, journaliste… Derrière un résultat, il y a une ruche. Aujourd’hui, le champ du possible technique est presque infini. Le challenge, c’est donc de restreindre à « son essentiel » pour faire se rencontrer des objectifs, des enjeux et les émotions d’une foule. L’objectif est de susciter l’adhésion, la participation aux débats ou le partage, et de développer l’enseignement par la confrontation aux autres expériences …

Quels avantages et quels inconvénients trouvez-vous à l’événementiel ?

Les avantages tiennent à deux ressorts : l’impérative nécessité de réussir sur un temps court (pour ce qui nous concerne, deux jours) et le temps de la conception, qui correspond à un temps long (au moins 8 mois). Il s’agit alors de faire cohabiter une dynamique de l’événement à une dynamique d’équipe et d’un collectif de travail. L’événementiel est un catalyseur de questions, de solutions et in fine de changements internes et externes. Les difficultés sont le revers des avantages : la gestion du temps, qui doit maintenir la dynamique, manager, concerter, associer, faire émerger l’événement en tant que projet collectif, alors que les décisions reposent sur une équipe restreinte. En outre, un certain nombre de décisions sont irréversibles. Irréversibles, car elles engagent des réalisations, mais également parce qu’elles correspondent à un choix d’objectifs et d’enjeux.

Pour vous, quels sont les ingrédients d’un événement réussi, impactant ? 

Les ingrédients sont de trois ordres : la constitution d’une équipe interne, son articulation avec une agence et les professionnels qui la constitue, ainsi que la construction d’un ciment commun qui doit définir un sens et des valeurs pour l’action. Un événement réussi, c’est avant tout une aventure humaine !

Pensez-vous que l’événementiel a un rôle à jouer dans le déploiement et le pilotage des politiques publiques ?

Oui. Organiser des événements en matière de déploiement des politiques publiques permet de rencontrer les administrés, les usagers ou les partenaires, et de s’assurer de façon continue que les réponses apportées sont adaptées aux défis. D’une certaine façon, l’événement correspond à une approche de mesure d’impacts et d’évaluation. L’organisation d’événements permet aussi d’innover, en prenant pour point de départ les pratiques, en observant les administrés, les agents publics ou les acteurs des politiques publiques. L’événement est un moment qui doit alors bousculer et dynamiser le pilotage des politiques publiques. Pour le réussir, je pense qu’il faut l’intégrer au cadencement du déploiement ou, au contraire, en déterminer l’opportunité à un moment particulier pour réorienter, redéfinir ou vérifier l’équilibre entre la satisfaction des exigences en termes de qualité des réponses ou de mobilisation des moyens et l’animation d’une réflexion collective pour alimenter l’adhésion.

À titre personnel, sur quels critères décidez-vous de participer à un événement ?

Ma décision de participer à un événement repose sur la confrontation d’un programme avec l’incarnation de la parole. Je suis attentive à qui invite et à qui parle pour illustrer les points de vue. Je m’attache également à la forme de l’événement. Je regarde quelles sont les modalités mises en œuvre pour faire se rencontrer les participants et la spécificité que l’organisateur offre aux participants pour créer l’événement !

Interview réalisée par Lionel Malard – Février 2020