Dans un monde qui accélère, on manque de temps. Mais le consommateur qui impose un modèle de société lui permettant de bénéficier de produits ou de services sans délais est le même qui ne supporte pas, dans d’autres circonstances, ne pas avoir du temps pour bien faire. L’événement peut-être une solution à ce paradoxe. En imposant le temps long, il marque une rupture avec le monde en perpétuel mouvement et permet aux invités de retrouver des forces pour l’affronter.

Dans une tribune publiée sur LinkedIn, Xavier Camby, spécialiste du bien-être au travail et du management durable, signe une réflexion très intéressante sur le Temps. Il note que, dans les organisations, plus personne ne possède la maîtrise de son temps. Tout le monde semble déborder et l’urgence s’impose dans les relations professionnelles. D’après l’auteur, ce comportement pressé, cette fuite en avant perpétuelle, détruirait notre faculté typiquement humaine à penser, avec son lot de conséquences fâcheuses et d’actions peu réfléchies.

Le digital, pour aller plus vite

La cause principale de cette sensation perturbante du manque temps est… l’Homme lui-même ! Nous sommes tout à chacun traversés par un paradoxe inavoué : d’un côté, je commande mes livres sur Amazon, parce que je vais les recevoir très vite alors que mon libraire ne les a certainement pas en stock ; j’appelle Deliveroo, parce que je refuse de faire la queue dans un de mes restaurants préférés où je vais chez Burger King parce que l’attente est bien moins longue qu’au bistrot du coin. Le consommateur que je suis veut tout, tout de suite, et la révolution digitale permet de satisfaire de mieux en mieux cette exigence.

Une accélération au détriment du sens

Tout simplement, les modèles économiques se sont adaptés à la demande et les entreprises ont cherché, souvent avec succès, à faire plaisir au consommateur. Il y a encore quelques années, un nouveau modèle de voiture était produit en plus de trois ans, entre le premier coup de crayon et le premier véhicule sorti d’usine. Aujourd’hui, le projet tient en à peine 18 mois. Une durée divisée par deux en très peu de temps et ce changement a été rendu possible parce qu’à chaque étape (y compris pour la préparation de l’événement de lancement !), les hommes ont trouvé les moyens de faire aussi bien voire mieux, plus vite. Parfois, effectivement, comme le dit Xavier Camby, au détriment du sens, mais avec la satisfaction de rendre les consommateurs heureux.

Une seule et même personne, en plein paradoxe

À l’inverse, le consommateur exigeant que je suis ne supporte plus qu’on lui demande, surtout dans un cadre professionnel, de traiter un dossier « pour hier ». Je râle quand un client, quelques heures avant de partir en vacances, me demande une note sur un projet en cours ou à venir. J’attends, avec impatience, de pouvoir rompre avec ce bombardement effréné de stimuli divers et variés auxquels je dois répondre dans la minute. Quand je peux.

Qu’on ne s’y trompe pas : le consommateur pressé et le collaborateur/manager sur-sollicité sont une seule et même personne ! Alors comment, d’un côté, réclamer des moments pour souffler tout en exigeant de la rapidité chez les autres ? L’équation peut-elle être résolue ? Compliquée, mais pas impossible.

L’événement est le lieu du temps long…

Dans un monde qui accélère, l’événement doit être un des lieux où l’on prend son temps, où l’on se pose. Pour réfléchir, pour rencontrer ses collègues ou ses clients, pour co-construire une stratégie, pour discuter avec son management, pour applaudir son chanteur ou son équipe préférée… Avec l’événementiel, je déconnecte avec le monde qui exige de moi d’être hyper rapide, je change pendant un temps mes habitudes, j’en prends plein les sens, je recharge les accus pour l’affronter, je muscle mon cerveau en le connectant avec du vrai, du sens, de la liberté, de l’émotion, du plaisir. L’événement me réapprend le temps long et me rend plus fort pour affronter ce monde speed.

… et nécessite du temps long pour le produire

Pour réaliser cet événement qui donne du temps, donc du sens à ses invités, participants, spectateurs, visiteurs…, les professionnels ont aussi besoin de temps et de sens pour le produire. C’est évident. Sauf peut-être chez les décisionnaires qui n’ont pas encore compris que plus on prend son temps, plus on est créatif, mieux on arrive à faire passer les messages, plus forts en sortent les femmes et les hommes qui ont assisté à l’événement. Un événement n’est souvent pertinent que quand il est en rupture avec les codes traditionnels du monde, quand il nous fait sortir de notre zone de confort. C’est ce qui le rend nécessaire, incontournable et inestimable.

Team GDEV – Mars 2020