Au sein de sa structure qui répond au doux nom de Dessine-moi un Gangster, Christophe Poissenot crée des visuels, non seulement pour des événements, mais aussi pour de nombreux autres projets de communication ou d’édition. S’il regrette parfois, dans l’événementiel, le manque de temps pour réfléchir, il trouve dans la bienveillance et la confiance des équipes de l’agence les ressources nécessaires à la création.

Quel rôle joue un directeur artistique ?

La question est compliquée… Mon statut de freelance fait que mes journées ne ressemblent pas à celle d’un directeur artistique (DA) salarié, dont le rôle sera de veiller à la cohérence visuelle d’un projet. Mon métier, aujourd’hui, ne se limite pas à cela. Je suis, selon les cas, tout autant graphiste que directeur artistique, je fais aussi de la gestion de projets, de clients… Mais dans toutes ces missions, il y a quand même toujours cette part commune qu’est la création.

Vous êtes un touche-à-tout…

On peut dire cela… Je vais un jour travailler sur un projet éditorial, le lendemain sur une identité d’entreprise, puis sur un beau livre… Je ne suis pas un pur produit de l’événementiel. Ce large spectre d’activités et de clients me permet de bénéficier de davantage de fraîcheur quand j’arrive sur une mission événementielle.

Que vous demande-t-on pour un événement ?

La direction artistique contribue à immerger le participant dans l’atmosphère de l’événement, et ce, dès l’invitation. Mon rôle est donc de proposer des orientations, des choix graphiques sur tout ce qui est visuel. Je vais intervenir par exemple, sur le logo d’un anniversaire, sur un visuel clé, une signalétique, une charte graphique… Je dois veiller à ce que tous les éléments soient en cohérence entre eux, avec le message et bien sûr, en cohérence avec l’identité de la marque. Ensuite, mon rôle est de maintenir une belle continuité visuelle dans le temps imparti, qui est souvent très court.

Un exemple de la façon dont vous collaborez avec l’agence et le client ?

Nous avons récemment remporté un appel d’offres pour une banque. Pour celui-ci, j’ai créé quatre visuels. Deux des visuels respectaient à la lettre la demande du client, les deux autres, en revanche sont allés volontairement plus loin, sont sortis du cadre. Ce n’est pas moi qui l’ai décidé ainsi tout seul dans mon coin, c’est la proposition stratégique de GDEV qui faisait que nous ne pouvions nous contenter d’une simple et unique réponse. Ensuite, viendra le travail de modifications en commun avec l’agence et le client pendant lequel il faudra tenir la création tout en respectant la volonté du commanditaire. Souplesse et pédagogie seront mes maîtres-mots. Mais quand le client s’approprie la création, c’est bon signe. Cela veut dire qu’il se projette dans la diffusion.

Regrettez-vous le manque de temps pour la création ?

C’est toujours frustrant, mais on doit faire avec… Tous les secteurs ont leurs contraintes et pour l’événementiel, c’est souvent l’urgence. Mais c’est vivable. Et on arrive à sortir de belles créations ! C’est vrai qu’avec un peu plus de temps et de réflexion, les visuels pourraient être meilleurs. Mais nous compensons le manque de temps par le travail en équipe et la bienveillance dans nos relations. C’est essentiel ! Nous faisons des métiers cérébraux, parfois difficiles, car toujours soumis aux jugements. Évidemment, rien à voir avec la difficulté physique d’un maçon qui travaille sous la canicule. Mais la créativité n’est pas un robinet qu’on ouvre et qui coule avec constance. S’il y avait, en plus des délais raccourcis, de la pression relationnelle, ce serait insupportable. C’est vraiment essentiel, selon moi, de travailler dans une ambiance où règnent la confiance et la bienveillance.

Qu’observez-vous comme tendances graphiques actuellement ?

Les images que nous produisons pour un événement sont par définition très éphémères, contrairement à ce qu’on me demande quand je conçois un beau livre anniversaire par exemple. Dans le premier cas, je réfléchis à quinze jours ; donc graphiquement très « dans l’air du temps ». Dans le second, il faut se projeter à long terme, à cinq ou dix ans, la durée de vie de l’objet n’est pas la même, donc surtout éviter les effets de mode. Malgré cela, quelques tendances graphiques restent forcément toujours influentes. J’aime beaucoup quelques studios graphiques ou graphistes comme Violaine et Jérémy, Tyrsa ou Fabien Barral par exemple. L’important est de rester à l’écoute, toujours en veille, d’assimiler de multiples sources pour créer des univers différents à chaque opération, quel que soit le sujet. Mais en étant depuis janvier, dans l’espace de coworking de GDEV, je me rends compte à quel point mon travail ne constitue qu’une toute petite pierre à l’édifice événementiel…

Interview réalisée par Lionel Malard – Octobre 2019